2.3 - Le corps régulé. Du biologique au culturel

Problématique

Le précédent quadriennal comportait déjà un groupe dont les travaux étaient consacrés à une anthropologie historique du corps. Le groupe Le corps régulé souhaite continuer à travailler sur le corps pour au moins quatre  raisons :

  • l’histoire du corps fait partie des champs pionniers de la recherche historique aujourd’hui. L’UMR Telemme a acquis une visibilité scientifique dans ce domaine, qui mérite d’être prolongée et accentuée.
  • la question du corps est au centre de plusieurs champs de l’histoire : histoire médicale, histoire religieuse, histoire « des genres », histoire des techniques, histoire des représentations, histoire de l’art  mais aussi histoire sociale ou politique. Elle permet donc de rassembler de façon durable ou ponctuelle des chercheurs venus d’horizons différents. Elle autorise en outre des croisements avec d’autres disciplines, venues des sciences dites « dures » (biologie, médecine) mais aussi des sciences humaines (philosophie, sociologie, anthropologie), dans le cadre de la MMSH et au-delà.
  • enfin, l’histoire du corps est indissociable d’une réflexion épistémologique susceptible de débusquer et de neutraliser le moralisme et l’anachronisme, risques sous-jacents à l’entreprise historienne. Elle devrait ainsi permettre d’étendre de nouveaux champs de recherche vers ce que l’on appelait la « petite histoire », dans une démarche scientifique et non plus anecdotique.

Trois axes de recherche principaux seront envisagés

Le corps civilisé : dans la lignée des recherches ouvertes par Norbert Elias et largement débattues depuis, nous étudierons la question des contraintes et des usages du corps. Il s’agira d’identifier et de replacer dans le temps et l’espace social les normes corporelles et leurs producteurs, de mesurer leur degré d’application, d’appropriation ou de détournement, voire de rejet.

La question du corps chrétien fera l’objet d’un questionnement particulier : dans la lignée des travaux pionniers de Marcel Bernos (et de Michel Despland au Canada) il nous paraît en effet utile de réexaminer sans l’a priori de sédimentations historiques parfois schématiques les positions théoriques et pratiques des catholiques et protestants à l’égard de divers aspects des rapports au corps, les grands textes et les normes qui les sous-tendent et les représentations collectives promues en particulier par la littérature pieuse ou morale, ainsi que l’iconographie religieuse.

Cette étude des formes de régulation du corps ne se limitera pas toutefois à une histoire des normes. À travers l’étude du corps senti ou vécu (Alain Corbin), nous voudrions également tenter de restituer historiquement, à partir des représentations superposées du corps issues des différents savoirs le concernant, les perceptions et les degrés de conscience du corps à un moment, un lieu, un statut social donné ; les formes, les seuils et les interprétations de la souffrance ou du plaisir.

Le deuxième axe de recherche portera sur l’étude des Acteurs et pratiques de soin en Méditerranée. Il s’agira, en relation avec un certain nombre de partenaires locaux (Comité d’histoire de la Sécurité sociale, Conservatoire et Musée du Patrimoine médical de Marseille, Bibliothèque interuniversitaire de la Timone, Archives départementales des Bouches-du-Rhône) de s’intéresser aux multiples formes de soin et d’assistance dans notre région et plus largement dans l’Europe méditerranéenne, à travers les « médiateurs » lato sensu (Olivier Faure) de la médicalisation et les institutions. L’objectif, à terme, est de dresser un tableau de la médicalisation de l’espace méridional. Cette étude portera aussi sur les modalités de transfert de savoirs, les collaborations et les échanges liés à la médecine, à l’hygiène et à l’assistance dans l’espace méditerranéen, notamment hispanique. Elle s’intéressera également aux particularités de l’espace méridional en matière d’épidémiologie, de pathologies, de topographies médicales, de thérapeutiques et de structures d’assistance et de soin (thermalisme, climatothérapie, héliothérapie).

Enfin, un troisième axe de recherche portera sur Les usages du corps mort : dans une démarche d’anthropologie historique, nous voudrions reconstituer sur la longue durée, et en étroite articulation avec le présent, le statut et le traitement du cadavre, qu’il s’agisse de ses usages « ordinaires » ou de ses usages dans des circonstances exceptionnelles (épidémies ou guerres, par exemple). L’objectif est de mesurer les représentations qui s’affrontent autour du corps privé de vie : réification contre sacralisation, conservation contre destruction, etc. Une telle recherche suppose, plus encore peut-être que les précédentes, de pratiquer la pluridisciplinarité. Elle se construira donc en relation avec des anthropologues, des sociologues, des légistes, mais aussi des acteurs de la société civile (médecins, infirmières, thanatopracteurs, etc.).

NB : cet axe fera également l’objet d’un projet ANR et son degré de développement reste soumis au succès de ce projet.

Programme d’activités

Le groupe fonctionnera sur la base d’un séminaire mensuel et d’une journée d’études annuelle, qui viendront s’ajouter aux séances communes du programme. Dans les deux cas, seront sollicités des membres du groupe mais aussi des intervenants extérieurs, pour présenter leurs recherches et en débattre.

Activités

 

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