1 - Constructions territoriales et dynamiques socio-économiques

Problématique générale

Ce programme s’inscrit dans un vaste courant qui a traversé les sciences économiques et sociales au cours de ces dernières décennies. Au-delà du champ disciplinaire initial de la géographie et des sciences politiques, la notion de territoire s’est imposée durablement chez les économistes, les sociologues, les historiens comme catégorie d’analyse. Le passage du concept d’espace à celui de territoire a signé un changement de sens, permettant de scruter un espace approprié et construit par les sociétés, source d’identité et de culture, qui ouvre le champ scientifique à l’espace vécu, aux questions de mémoire et de patrimoine. L’inscription territoriale des formes de participation à la vie politique, économique et sociale fait l’objet de nouveaux travaux ; on redécouvre le rôle du territoire dans les dynamiques productives au sein des districts ; de la local history à l’économie territoriale, on réinterroge l’échelle où se joue la genèse des processus.

Diverses propositions de recherche ont tenté ces dernières années de mieux comprendre ces relations entre espace et société, en dépassant les approches déterministes, ou fonctionnalistes, qui établissent des correspon-dances simples et directes entre modifications sociales et transformations des territoires – les « projections au sol » des sociétés humaines, selon l’expression de L. Febvre –, soit que les hommes subissent les effets de leur environnement spatial, soit qu’ils confèrent à l’espace les modelages adaptés à leur organisation sociale. Elles partent de l’hypothèse qu’une société n’est pas nécessairement en cohérence avec son espace, qu’il existe des décalages entre les fonctions exercées et les espaces où elles se déploient, que la médiation du temps et de la mémoire joue un rôle essentiel dans les relations entre les groupes sociaux et leurs territoires, que les configurations des lieux sont constamment redéfinies par des processus de réaffectation, d’appropriation et de dotation de sens actualisés dans des pratiques.

Ce programme se propose de contribuer à cette orientation de la recherche et au prolongement de cette réflexion, à des échelles d’observation et sur des terrains variés – l’Europe, la région, la ville –, ou dans le cadre d’espaces naturels spécifiques comme les littoraux ou les rives fluviales, en associant géographes, économistes, historiens et sociologues (en particulier en partenariat avec le LAMES à la MMSH) dans une démarche visant à analyser les dynamiques socio-économiques complexes, les flux, les circulations qui produisent des territoires diversement organisés et exploités, mais aussi l’ensemble des opérations sociales, à travers la construction des compétences et des représentations, qui interprètent les lieux et les affectent de sens. Par rapport au programme « Dynamique des territoires métropolitains en Méditerranée » du quadriennal 2004-2007, centré sur le monde contemporain, ce programme fait ainsi une plus large part à une réflexion historique de longue durée sur l’espace et au paradigme de l’enracinement, tout en inscrivant la mondialisation dans une histoire du temps présent.

 Questions

À travers la notion de « construction du territoire », on entend également des logiques d’acteurs, mettant en œuvre des rapports d’échelle et de pouvoir : fabrication originale de territoires dans un mouvement ascendant, à partir des acteurs et groupes locaux ; formes d’intégration territoriales articulées dans un mouvement descendant, à partir de logiques institutionnelles et de processus de gestion politique.

Les chantiers ouverts par les quatre groupes de recherche qui animent ce programme, centrés sur des terrains d’ampleurs diverses, attentifs à des phénomènes locaux ou mettant en œuvre des approches plus globales, et saisis dans une profondeur chronologique variable, font une large place à trois thèmes qui permettront des confrontations, tant sur le plan des méthodes que des résultats de la recherche. D’une part, les impacts des systèmes d’échanges et de leurs transformations, des modalités de production et de commercialisation, des logiques foncières et de la circulation des hommes sur la formation et l’évolution des territoires retiendront tout particulièrement l’attention. D’autre part, les recherches s’intéresseront à la production de compétences et de normes, aux processus de négociations et de mise en place des consensus dans les définitions, les reconnaissances et les appartenances territoriales ; elles prendront en considération les modalités de la gestion des espaces, ses acteurs saisis dans leur multiplicité et éventuelles concurrences, ses contraintes, ainsi que la production d’outils de compréhension des espaces et de leurs transformation. Les études menées sur ce versant thématique croiseront certaines des interrogations poursuivies dans le cadre du  programme 2 sur les formes de la régulation sociale et pourront donner lieu à des opérations communes. Enfin, la dimension temporelle, qui voit alterner des mutations rapides et de longs immobilismes dans la transformation des territoires, qui permet de mieux comprendre certains décalages entre formes, usages et valeurs des lieux  et sans laquelle on ne saurait rendre compte des stratifications, des articulations ou des discontinuités des territoires, sera questionnée sous divers angles.

 

Modalités de travail

Chaque groupe de recherche conduira ses actions, en adéquation avec la spécificité de ses approches et de son objet d’étude, sous la forme de missions de terrain, de séminaires et de journées d’études pouvant déboucher, en fin de quadriennal, sur une rencontre de plus grande ampleur, sous la forme d’un colloque, afin d’élargir l’éventail des confrontations sur les résultats acquis.

À l’échelle du programme, un à deux ateliers par an réuniront l’ensemble des chercheurs sur des questions communes d’approches, de sources et de méthodes. Ces ateliers permettront de rendre compte et de débattre de la production scientifique la plus récente sur les questions des rapports entre groupes sociaux et configuration des lieux, dans divers champs disciplinaires (histoire, géographie, économie, sociologie) et d’inviter d’autres équipes à présenter leurs travaux en cours dans ces domaines ; elle fournira aussi aux différents groupes la possibilité d’exposer et de soumettre à la discussion commune des bilans d’étape.

Activités

 

Organisation de :

Publications

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