3.1 - Les économies méditerranéennes et leurs environnements, XVIe-XXIe siècle

Ce groupe entend développer une histoire matérielle, sociale, culturelle et environnementale des économies méditerranéennes. Située au carrefour d’approches renouvelées par les apports récents de l’histoire économique et sociale des rives nord-méditerranéennes, elle intègre une dimension environnementale conçue comme un espace d’analyse privilégié des interactions réciproques entre les activités humaines et leurs milieux. Deux orientations de recherche sont privilégiées :

a) L’étude des stratégies et pratiques des acteurs économiques à différentes échelles, de la trajectoire individuelle à la stratégie collective locale, régionale, nationale, transméditerranéenne ou mondiale. Le but poursuivi est double. Il s’agit, tout d’abord, de caractériser les actions (conservatrices/innovantes ; légales/illégales ; visées à court ou long terme ; agressives ou dissimulées…) et de les situer dans la pluralité des environnements (écosystèmes, socio-systèmes, milieux sociotechniques), dans lesquels elles sont pensées, organisées et conduites (groupes professionnels, confréries, prud’homies, syndicats, milieux innovants, systèmes techniques, réseaux d’affaires, territoires urbains, espaces maritimes, religions, systèmes juridiques, douaniers et politiques…). Dans le même temps, les recherches entendent observer les résultats de ces pratiques en analysant comment – et dans quelle mesure – elles transforment les sociétés et les économies dans lesquelles elles sont menées. Les études s’intéressent notamment aux rôles tenus par les migrants, les étrangers et les femmes dans la production industrielle et le commerce, aux dimensions genrées ou interculturelles de l’économie et plus largement à tous les acteurs se situant au cœur comme aux marges institutionnelles de l’échange. Elles cherchent également à mieux éclairer les grandes caractéristiques et les modes de fonctionnement des sociétés littorales et des économies maritimes de la Méditerranée des époques moderne et contemporaine, sans négliger les connexions avec d’autres types de milieux (les arrière-pays ruraux et montagnards par exemple). Pour mener à bien leurs travaux et atteindre les objectifs évoqués, les recherches s’appuient sur l’hybridation des objets, méthodes, terrains et corpus disciplinaires et notamment sur les apports récemment renouvelés de la microhistoire, de l’anthropologie, de l’histoire connectée et de la sociologie économique.

b) L’analyse des relations tissées entre les activités humaines et les milieux méditerranéens. Par ses spécificités – richesse et fragilité des écosystèmes, dégradations de longue durée en zones montagnardes, littorales et maritimes, multiplicité des acteurs dans des contextes politiques, économiques, sociaux et culturels très divers –, le bassin méditerranéen est un poste d’observation particulièrement intéressant pour cette thématique. Les trois approches privilégiées permettent de poursuivre les collaborations récemment nouées avec les sciences de la nature. En premier lieu, celle des normes, des illégalismes et des conflits. Sauf cas particulier, les sociétés ont toujours eu une connaissance au moins partielle des alterations potentielles de l’environnement provoquées par leurs choix. Les conflits qui en découlent jouent ainsi un rôle clé dans la connaissance et la compréhension de l’ordre dominant, des dynamiques d’innovations sociales, économiques et techniques ou des modes de régulation. Dans la longue durée, ils permettent de dégager des séquences historiques, des cycles ou des trames de dissensions ou de dissonances, d’identifier des évolutions, des invariants ou de mettre en évidence des héritages, des réemplois et des interactions. La deuxième approche vise à analyser l’impact environnemental des activités humaines sous l’angle des mesures, des expertises et des représentations. Les éléments présentés comme « neutres » ou purement « techniques » sont avant tout le résultat d’un arbitrage entre plusieurs alternatives possibles, le produit d’un formatage de la réalité sociale et matérielle ou de certaines conventions de qualification et de mesure. Il s’agit donc de s’interroger sur les méthodes et les techniques d’appréhension des impacts environnementaux, sur les controverses sociotechniques liées à leur qualification et quantification et sur les acteurs qui défendent cette exigence de mesure. Le troisième angle de vue vise à étudier la difficile question de la réhabilitation ou de la résilience des écosystèmes affectés par les dommages provoqués par les activités humaines, industrielles ou autres. Le problème est souvent abordé du seul point de vue technique, ce qui pourrait apparaître parfois comme un nouveau mythe technophile susceptible de relativiser la gravité des atteintes environnementales passées ou à venir. Il appartiendra aux chercheurs de démontrer qu’il est difficile de penser la réhabilitation des écosystèmes sans envisager aussi son rapport aux dimensions sociales, économiques et politiques.

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