1.1 - La construction des savoirs sociaux

Le projet consiste à revenir sur la manière dont les institutions des siècles précédents ont fabriqué la norme sociale et mis en œuvre un programme de socialisation des individus, dont les effets ont contribué en retour à la structuration des sociétés. Le groupe consacre pour partie ses travaux à l’Église, qui a longtemps représenté le paradigme de l’institution dans l’Occident chrétien, dont la fonction sociale fondamentale fut de socialiser les fidèles à des formes de comportement commandées par la recherche du salut. Il s’intéresse aussi à l’école et à d’autres institutions, comme les assemblées d’États d’Ancien Régime du Languedoc et de Provence, lieux exemplaires de la ritualisation des rapports sociaux. Parmi d’autres, Émile Durkheim a souligné combien les modes d’apprentissage entretenaient des analogies avec ceux déployés par l’Église : ce qui est vrai pour l’école républicaine, l’est encore plus pour celle de l’Ancien Régime, pensée comme un lieu central de la christianisation et de la civilisation des populations. Les développements historiographiques récents invitent à pousser la comparaison entre les situations régionales (royaume de Piémont, Lombardie, Toscane, France méridionale). Enfin, la procédure judiciaire savante qui s’est imposée au XIIIe siècle a conduit – en particulier dans les espaces nord-méditerranéens (Catalogne, Provence, France) où le notariat s’est précocement imposé – à l’expression de stratégies sociales à des fins de garantie ou de règlement des conflits, selon des normes codifiées reconnues par la procédure, en termes linguistiques (latin), de formes documentaires et de catégories juridiques. Les travaux actuels sur la normativité soulignent l’impact de ces normes sur la structuration des sociétés et des comportements. Ces institutions sont envisagées comme autant de « dispositifs » (Giorgio Agamben) ou, plus largement, au sens d’un ensemble de discours, de structures matérielles, de technologies intellectuelles, de ressources humaines dont la finalité est ici de mener à bien la socialisation des individus, ou d’exprimer un rapport de forces dans le domaine du symbolique.  La problématique d’ensemble consiste à réfléchir à la manière dont ces institutions ont fondé leur programme sur des images du monde social et/ou sur des savoirs sur la société, sur des liens qui la structurent, sur les classements et hiérarchies qui l’organisent. Le groupe cherche à comprendre quels moyens matériels, intellectuels, discursifs ou rituels sont mobilisés pour construire, légitimer et institutionnaliser ces savoirs sociaux et représentations sociales. Il s’intéresse également à la manière dont les individus ou des groupes déterminés incorporent ces modèles de pensée et ces schèmes d’action, comment ils se construisent au croisement de formes de socialisation plurielles, comment ils mobilisent dans leur action et leur devenir social, la pluralité (éventuellement conflictuelle) des dispositions et des compétences intériorisées. Enfin, l’analyse de la production et de l’assimilation des normes doit aller de pair avec celle de leur effet structurant sur les sociétés. En ce sens, il ne s’agit pas (seulement) de partir des institutions pour comprendre comment elles produisent des normes, des lieux et des outils de socialisation, mais de repartir de ces derniers pour saisir une réalité sociale qui se construit sur l’inégale répartition, dans la société, de la capacité à les maîtriser et à les utiliser.

Dans ce cadre général, quatre orientations collectives sont privilégiées : penser le travail, avec une analyse comparative de deux tournants majeurs : les XIe-XIIIe siècles et les XVIIIe-XIXe  siècles ; la construction sociale de la confiance, impliquant une importante circulation de modèles politiques et éthiques (fin XIIe-XVIIIe siècle) ; normes sociales et trajectoires individuelles ; penser le profane : une révolution occidentale (XIe-XVe siècle) ?

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