5.3 - L’information dans l’Europe méridionale, du siècle des Lumières au temps présent

Coordination :
Elisabel Larriba

De la carta relación de Colomb annonçant aux Rois Catholiques qu’il venait d’atteindre les Indes par la voie de l’ouest à l’échec de Masséna devant Lisbonne faute d’avoir eu connaissance de l’existence des lignes de Torres Vedras, en passant par les missions d’espionnage scientifico-industriel en Angleterre confiées par le gouvernement de Charles III aux élèves du Real Colegio de Cirugía y Medicina de Cadix, l’information a toujours été déterminante dans l’échec ou le succès des gouvernants et la prospérité ou l’échec économique des nations.

 Mais le concept d’information est plus complexe qu’il ne le semble au premier abord. Si l’on considère aujourd’hui le droit à l’information comme fondamental et consubstantiel à toute pratique de la démocratie, sa possession et son exploitation ont longtemps été tenus pour l’apanage du pouvoir, aussi bien civil que religieux. La censure, tantôt préalable, tantôt a posteriori, a tenté d’en prémunir les gouvernements ; les index romain ou inquisitoriaux en ont fait autant pour l’Eglise. Mais les particuliers eux-mêmes, des banquiers de Charles Quint aux « loups-cerviers » de la monarchie de juillet, des acheteurs de biens nationaux à la grisette en quête d’époux ont eux aussi besoin de disposer d’informations. Sa quête est à la base même du fonctionnement de la société.

 L’action publique ou privée s’organise donc autour de l’information selon un schéma apparemment immuable : collecte, organisation, détention, diffusion ou rétention, voire fabrication, avec en contre-point la rumeur. Mais ces différentes étapes de la conquête et usage de l’information ont fait l’objet de modalités bien différentes selon les états, leurs régimes et l’évolution des mentalités. D’une information presque exclusivement véhiculée par les prêtres du haut de leur chaire dans l’Espagne de Philippe II ou le Portugal de Joaõ IV au ministre de Franco qui déclarait qu’une « information est une nouvelle autorisée », la différence est certes ténue. Mais elle est abyssale quand on compare cette situation avec celle de la Grande Bretagne de Georges III ou de l’Italie de Cavour.

Si le fait de disposer de la meilleure information possible remonte à l’antiquité, la volonté et le besoin de la diffuser largement se manifeste singulièrement à partir du XVIIIe siècle, avec –notamment- le développement de la presse et l’Encyclopédie. C’est pourquoi nous étudions, dans la longue durée, du Siècle des Lumières au temps présent, dans une perspective comparative, l’évolution des mécanismes qui ont régi la collecte, le traitement et la portée de l’information dans les pays de l’Europe méridionale.

Nous abordons notre quête de "l'information sur l'information" de façon résolument collective, pluridisciplinaire et internationale: à ce jour, notre groupe a organisé 4 Journées d'Etudes et 5 séminaires, auxquels ont participé 64 chercheurs, dont 18 étrangers (appartenant à des Universités ou des organismes de recherche étrangers: espagnols, italiens, mexicain et autrichien).

Notre volonté de pratiquer une authentique pluridisciplinarité se traduit non seulement en faisant appel pour nos journées d'Etude et séminaires à des spécialistes de diverses disciplines (histoire, histoire de l'art, littérature, communication…), mais en privilégiant le partenariat avec d'autres groupes de recherche, soit à l'intérieur de Telemme (cf. Journée d'Etude sur les usages de l'image de la presse en Europe méridionale…, avec le groupe 3 (Arts et relations entre les arts) de l'axe 4 (La culture comme projet), soit au niveau international (cf. la Journée d'Etudes "La poésie comme vecteur d'information" qui aura lieu en octobre 2014, en partenariat avec le programme de recherche OLE'11 de l'Université d'Oviedo, programme validé par le Ministère de l'Education et de la Recherche espagnol). Cette collaboration internationale ne se limite d'ailleurs pas aux rencontres scientifiques organisées par notre groupe puisqu'elle a également donné lieu à des co-éditions d'ouvrages scientifiques avec les Universités de Cadix et de Valladolid.

Pour la plupart d'entre eux, les travaux présentés lors des journées d'études ou séminaires que nous organisons ont été ou vont être publiés dans une des trois revues dirigées par des membres du groupe: Bulletin d'Histoire contemporaine de l'Espagne (dir. Paul Aubert); El Argonauta español (dir. E. Larriba, G. Dufour, S. Rojo, http://argonauta.revues.org/); Amnis (dir. S. Rojo, http://amnis.revues.org/). En particulier, exclusivement consacré à l'histoire de la presse espagnole des origines à nos jours, El Argonauta español accueille également, après double expertise anonyme, des travaux provenant d'Espagne et de France, mais aussi du Mexique, du Canada, d'Autriche, directement liés à l'objet de notre programme.

Le point d’orgue de ces travaux sera constitué par un colloque international sur le journalisme qui aura lieu fin 2015.

 Les principales publications de notre groupes sont consutlables sur le site de l'UMR Telemme : http://telemme.mmsh.univ-aix.fr/recherche/groupe.aspx?id=253

 

 

 

--------------- English version

 

TELEMME – Axis 5 Group 3

 

Information in Southern Europe from the Enlightenment to the Present Day

Coordinator: Elisabel LARRIBA

 

From Columbus’ carta relación informing the Catholic Kings of Spain that he had reached the Indies from the West to Massena’s failure to take Lisbon because he had no information on the Torres Vedras lines, including scientific-industrial espionage missions in England by students from the Real Colegio de Cirugía y Medicina de Cadiz on behalf of Charles III’s government, information has always played a key role in the failure or success of the governing classes and the economic prosperity or failures of nations.

But the concept of information is more complex than it appears at first sight. Today, we believe that the right to information is a basic and consubstantial right in democratic societies and that ownership and exploitation of information has long been the privilege of power, whether secular and religious. Censure, whether before or after the event, has attempted to protect governments; for the Roman Catholic Church, the Popes issued a List of Prohibited Books. However, individuals, whether Emperor Charles V’s bankers or the July Monarchy’s ‘loups-cerviers’, purchasers of national assets or a poor girl looking for a husband, also needed information. Searching for information is essential to ensure that the nation functions.

Public and private activities are established by obtaining information according to an apparently immutable plan: collection, organization, detention, dissemination and retention, or indeed fabrication, with rumour as a counterpoint. But these phases in the collection and utilization of information take place in many different ways relating to the country, its regime and the evolution of attitudes. There is clearly a very fine line between information that is almost exclusively disseminated by priests from the pulpits in Philip II’s Spain or João IV’s Portugal and the declaration by Franco’s minister that “information is authorized news”. But this distinction is all the more abysmal when compared to the situation in George III’s Great Britain and Cavour’s Italy.

If possession of the best information possible dates back to Antiquity, the desire and need to disseminate information as widely as possible becomes particularly manifest during the 18th century with – notably – the development of the press and of the Encyclopaedia. This is why we have decided to take a long term, from the Enlightenment to the present day, and comparative perspective to our research into the evolution of mechanisms governing the collection, treatment and impact of information in Southern Europe.

Our approach to this quest for ‘information on information’ is resolutely collective, multi-disciplinary and international: as of today, our group has organized four study days and five seminars, involving 64 researchers, of whom 18 international participants (from foreign universities and research institutes in Spain, Italy, Mexico and Austria).

Our desire to adopt an authentic multi-disciplinarity is not limited to inviting specialists from other disciplines (history, history of art, literature, communications, etc.) to our study days and seminars, but includes an important role for partnerships with other research groups, both within TELEMME (cf. study day on press images in Southern Europe with Group 3 (AReA) in Axis 4 (Culture as Project), and with international laboratories (cf. study day on Poetry as a vector for information to be held in October 2014, in partnership with the OLE’11 research programme at the Universidad d’Oviedo, approved by the Spanish Ministry of Education and Research). In addition to scientific exchanges, our international collaboration has produced several scientific volumes jointly published with the Universidad de Cadix and the Universidad de Valladolid.

Most of the presentations at study days and seminars have been or will be published in one of the three journals coordinated by group members: Bulletin d'Histoire contemporaine de l'Espagne (ed. Paul Aubert); El Argonauta español (eds E. Larriba, G. Dufour, S. Rojo, http://argonauta.revues.org/); and, Amnis (ed. S. Rojo, http://amnis.revues.org/). Exclusively dedicated to the history of the Spanish press from its beginnings to the present day, El Argonauta español also publishes research from Spanish, French, Mexican, Canadan, and Austrian research directly linked to the objectives of our programme, through a double process of anonymous peer reviews.

The culmination of this research will be presented at an international conference on journalism planned for late 2015.

The principal publications produced by our group can be found on TELEMME’s website: http://telemme.mmsh.univ-aix.fr/recherche/groupe.aspx?id=253

 

 

 

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