Le corps mort [ANR], Le Corps mort : Recherches sur l'histoire des Pratiques et du Statut du cadavre dans l'Europe méridionale XVIIIe – milieu XXe siècle
Coordination :
Anne Carol

 

CoRPS
Le Corps mort : Recherches historiques sur les Pratiques et le Statut du cadavre (Europe méridionale, XVIIIe milieu du XXe siècle).
Le corps mort
 
Le laboratoire Telemme a obtenu, depuis le 1er janvier 2009, le label de l’ANR pour un projet quadriennal porté par plusieurs de ses membres.
CoRPS est né du souhait de prolonger la tradition universitaire aixoise de l’histoire de la mort, et du besoin de donner une épaisseur historique aux travaux issus des sciences humaines portant sur la place du cadavre dans nos sociétés actuelles ; le noyau de l’équipe est donc formé d’historiens. Son originalité réside dans l’approche choisie, résolument concrète, qui consiste à partir de l’objet cadavre pour étudier les pratiques successives qui s’y appliquent. D’autres chercheurs ont été intégrés à l’équipe, dans un souci d’interdisciplinarité (droit, médecine, philosophie, politologie, anthropologie) et d’insertion internationale (France, Italie, péninsule ibérique).
 
Le corps mort est susceptible, depuis l’époque moderne, de deux types de traitement : l’un répondant à une logique de sacralisation par les familles et les proches, encore inscrite dans une perspective eschatologique et participant d’une revendication croissante de l’identité individuelle, l’autre à une logique de réification et d’anonymat imposée par l’hygiène publique et les progrès de la science. Le corps mort se trouve donc depuis 3 siècles au centre d’un écheveau d’enjeux contradictoires et pris dans une dynamique plurielle, aux temporalités superposées. C’est la complexité de ces enjeux que CoRPS entend explorer en abordant le corps mort par trois approches.
 

Manipulation, usages et statut du corps mort 

Une première approche concerne les pratiques allant de la mort constatée à l’escamotage du corps.
Les premiers rites mortuaires marquent à la fois le passage vers la mort et le constat que ce passage s’est opéré ; outre les gestes immédiats comme la fermeture des yeux, ils comportent des rites religieux  et des rites civils, plus récents. La présentation du corps mort étant une constante des sociétés méridionale, on s’interrogera sur la toilette mortuaire, les lieux et les moments de l’exposition, le transport éventuel du corps « à découvert ». Enfin, on n’oubliera pas les procédés de conservation, de l’embaumement à la thanatopraxie en passant par les masques ou portraits mortuaires, prélèvement de reliques.
Les utilisations scientifiques du corps s’opposent ou composent à des degrés divers avec le cette ritualité. Comment concilier le respect du cadavre avec les autopsies, les dissections et expériences, les premières greffes, les utilisations muséologiques ?Les dérives commerciales ne seront pas négligées, qu’il s’agisse du commerce de corps à l’hôpital, au cimetière et par le bourreau, des trafics d’organes contemporains ou des « reliques ».
Enfin, les formes d’exhibition en une mise en scène macabre seront étudiées, qu’il s’agisse de corps célèbres ou anonymes ; de même l’utilisation fictionnelle du corps mort, au théâtre et à l’opéra.
 
             

La gestion sociale des corps ordinaires

Ce second volet du programme s’attache au funéraire ; l’adieu et/ou l’usage consommés, que fait-on du corps ? Quelle place -concrète et non seulement symbolique- garde-t-il dans la sphère des vivants ?
Les rites funèbres seront étudiés dans leur dimension gestuelle et matérielle. Qui sont les acteurs de ces rites (des confréries aux professionnels des pompes funèbres)? Quel est le contenu concret de ces pratiques ? Se pose, par exemple, la question du contenant, des moyens de transport, des étapes et des itinéraires jusqu’au lieu d’inhumation ou de crémation, de la composition des convois et des gestes ultimes effectués sur la tombe.
Dans nos sociétés méridionales, la norme est restée longtemps l’inhumation. Le cimetière était d’abord un lieu de consumation physico-chimique des corps comme en témoignent les législations hygiénistes adoptées depuis l’Ancien Régime. Mais cet espace public est devenu aussi un lieu de souvenir et d’identification où s’opère une privatisation inattendue des tombeaux. Comment ce culte des morts s’est-il constitué?
Par ailleurs, les populations des pays envisagés dans le projet CoRPS n’ont pas tous adopté la même attitude face à l’alternative crématiste : on sait par exemple le succès rencontré par cette pratique en Italie du Nord. Il conviendra d’expliquer ces différences.
 

L’anomie mortuaire  

Une partie des recherches de CoRPS sera consacrée, enfin, aux cas où l’on s’écarte, volontairement ou non, des modèles mortuaires et funèbres définis précédemment.
Les corps marginaux ou non socialisés représentent un premier exemple de ces pratiques spécifiques, où les logiques utilitaristes pèsent plus lourdement. Seront ainsi mis en parallèle le traitement des corps anonymes, recueillis sur la voie publique (morgues), celui des corps des condamnés à mort, ou celui des corps des fœtus.
Les morts en masse constituent un autre cas de figure potentiellement anomique. Les morts de guerre posent des problèmes liés à leur nombre, à l’état des corps (en raison des techniques de combat) et à l’idéologisation croissante des conflits. On s’intéressera aussi au traitement des morts des épidémies, de la peste  au choléra, des catastrophes naturelles (par exemple le tremblement de terre de Lisbonne en 1755), ou industrielles.
Les corps absents constituent un autre cas limite. L’aire méditerranéenne permet de se pencher sur deux exemples: celui des morts en mer ou en montagne, (le cas des cimetières marins sera particulièrement scruté), celui des corps des disparus politiques comme dans le cas espagnol.
 
La mise en œuvre du programme prendra la forme de sessions de travail internationales correspondant aux trois thématiques développées, en 2009, 2010 et 2011. L’ensemble de ces travaux donnera lieu à des publications individuelles et collectives, parmi lesquelles on peut déjà citer :
  • Les médecins et la guillotine
  • Aux origines des cimetières contemporains
  • Le cadavre et la science
  • Du dernier soupir au tombeau : comparaison et évolution des pratiques mortuaires 
  • La transition funéraire entre lumières et romantisme
  • Figures de l’anomie mortuaire
Les membres de l’équipe CoRPS sont :
  1. José Luis BARONA VILAR, (Pfr et Dr en médecine, historien des sciences, Instituto de Historia de la Ciencia y Documentación López Piñero, Valence)
  2. Vincent BARRAS (Dr en médecine et en Histoire, Pfr, directeur de l’Institut d’histoire de la médecine, Lausanne)
  3. Bruno BERTHERAT (MCF d’histoire à l’Université d’Avignon)
  4. Régis BERTRAND (UMR Telemme, Pfr émérite d’histoire, Université d’Aix-Marseille I)
  5. Anne CAROL, porteur du projet (UMR Telemme, Pfr d’histoire, Université d’Aix-Marseille I)
  6. Francisco FERRANDIZ, (MCF d’anthropologie, CSIC, Madrid)
  7. Michèle JANIN-THIVOS (UMR Telemme, MCF d’histoire, Université d’Aix-Marseille I)
  8. Martine LAPIED (UMR Telemme, Pfr d’histoire, Université d’Aix-Marseille I)
  9. David LE BRETON (Pfr d’anthropologie, Université Marc Bloch de Strasbourg)
  10. Pierre LE COZ (Espace Ethique Méditerranéen, Pfr de Philosophie, Université de la Méditerranée)
  11. Brigitte MARIN (UMR Telemme, Pfr d’histoire, Université d’Aix-Marseille I)
  12. Serenella NONNIS (E.H.E.S.S., Instituto Policlinico Turin, MCF Histoire Université de Paris XIII)
  13. Christine OROBITG (UMR Telemme, Pfr de langues et civilisation espagnole, Université d’Aix-Marseille I)
  14. Isabelle RENAUDET (UMR Telemme, MCF d’histoire, Université d’Aix-Marseille I)
  15. Emmanuel TAÏEB (MCF sociologie, Institut d’Etudes Politiques de Grenoble)
  16. Olivier VERNIER (Professeur de droit, Université de Nice Sophia-Antipolis)
 

 

 

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15 juin 2017 : un colloque à Gand sur la sécularisation de la culture funéraire

lundi 20 mars 2017
Le 15 juin 2017 se tiendra à Gand un workshop international organisé par Christoph De Spiegeleer dans le cadre du Liberaal Archief : New perspectives on the secularization of funerary culture in 19th and 20th century Europe. Seront mis en perspective notamment les processus de sécularisation en France, Roumanie, Luxembourg, Belgique, Grande-Bretagne et Italie. Programme détaillé : programme secularization funerary culture The celebration of the key human rites of passage without church ceremony was a major theme of the 19th-century ‘culture wars’ between anticlerical forces and … Continuer la lecture de 15 juin 2017 : un colloque à Gand sur la sécularisation de la culture funéraire →

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Journée d’études : Le traitement post mortem des corps

mercredi 15 février 2017
Mercredi 1er mars 2017 se tiendra à la MMSH (Aix-en-Provence) une journée d’études organisée par Telemme et le LAMPEA, et portée par José Lanzarote Guiral. Elle permettra de croiser des approches différentes, de l’histoire à l’anthropologie en passant par l’archéologie. Voir le programme : Affiche-JournéeEtude_2017 9:30 – Introduction 9:45 – José Lanzarote (AMU-CNRS, TELEMMe/LAMPEA) : « Crânes, squelettes et momies : L’exposition des restes humains dans les musées de préhistoire » 10:30 – Yaramila Tchérémissinoff (INRAP/LAMPEA) : « La gestion des restes humains dans les sépultures collectives … Continuer la lecture de Journée d’études : Le traitement post mortem des corps →

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Les médecins et la mort : programme du séminaire de l’EHESS/Centre Alexandre Koyré 2016-2017

samedi 05 novembre 2016
Le séminaire d’Histoire de la médecine et des savoirs sur le corps organisé à l’EHESS par Rafael Mandressi et Anne Carol portera largement cette année sur les médecins et le cadavre. Le programme est à consulter sur : Mort et médecine au CAK (R. Mandressi, A. Carol)

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La République nous appelle, sachons vivre et sachons mourir… Forcalquier, vers 1880

samedi 29 octobre 2016
Le cimetière de Forcalquier (Alpes de Haute-Provence) n’est pas seulement connu pour ses hautes haies d’ifs. Il renferme un tombeau dont l’épitaphe a été qualifiée par Maurice Agulhon d’« étonnant morceau de naïve spiritualité laïque ». Son texte est le suivant : « Reposent BOUCHE V[ic]tor, 24 ans, / excellent fils, bon frère, / généreux ami, esprit libéral / BOUCHE L[ambert] F[rançois] F[orcalquier], 75 ans, / tendre époux, affectueux père, / austère et loyal. / BOUCHE H[ippoly]te, née Jacques, 82 ans, / vertueuse épouse, sensible mère, / compatissante … Continuer la lecture de La République nous appelle, sachons vivre et sachons mourir… Forcalquier, vers 1880 →

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Notes de lecture : Viva la Muerte! Politica et cultura de lo macabro, Madrid, 2014

samedi 29 octobre 2016
Ce livre étudie, à travers un parcours pluriséculaire, « los mecanismos psicologicós y colectivos de representación de [la muerte] » et plus particulièrement cette imprégnation macabre qui semble un aspect significatif de la perception que les Espagnols et leurs voisins ont pu avoir de la culture ibérique : « España es un país que se deleita en la muerte » (p. 57). S’il est permis à l’auteur de ces lignes d’évoquer ses études dans l’enseignement secondaire français des années 1960, en un temps où l’on devait mémoriser « par coeur » … Continuer la lecture de Notes de lecture : Viva la Muerte! Politica et cultura de lo macabro, Madrid, 2014 →

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Les morts de la Retirada : un projet de recherche

samedi 22 octobre 2016
Le 3 novembre, présentation à Collioure d’un projet de recherche sur les morts de la Retirada par Bruno Bertherat et Isabelle Renaudet. Les morts de Retirada

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Appel à communications/ Call for Papers Transmortality. The Materiality and Spatiality of Death, Burial and Commemoration

vendredi 17 juin 2016
Appel à communication pour un colloque les 3-4 mars 2017 à Luxembourg Transmortality 2017 The Materiality and Spatiality of Death, Burial and Commemoration Death, dying and burial produce artefacts and occur in a spatial context. The interplay between such materiality, spatiality and the bereaved who commemorate the dead yields interpretations and creates meanings that can change over time. In this conference, we want to explore this interplay by going beyond the consideration of simple grave artefacts on the one hand and graveyards as a … Continuer la lecture de Appel à communications/ Call for Papers Transmortality. The Materiality and Spatiality of Death, Burial and Commemoration →

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Toulon, 1883 : l’anticléricalisme au cimetière

mercredi 08 juin 2016
Lorsque l’on progresse à travers le cimetière de Toulon en suivant l’allée centrale, on observe qu’il est dominé par une grande croix de fer, fort visible. On pourrait d’abord croire qu’il s’agit, comme en maints autres cimetières, de la croix centrale de l’ancien cimetière catholique – qui correspondait à l’essentiel de l’enclos jusqu’à la « neutralisation » (laïcisation) des cimetières par la loi du 14 novembre 1881. Mais parvenu au palier supérieur, au niveau d’un large fontaine qui occupe le centre d’un carrefour, on découvre que … Continuer la lecture de Toulon, 1883 : l’anticléricalisme au cimetière →

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Parution : Aux origines des cimetières contemporains

jeudi 07 avril 2016
Parution en mars 2016 du livre collectif dirigé par Régis Bertrand et Anne Carol Aux origines des cimetières contemporains. Les réformes funéraires de l’Europe Occidentale (XVIIIe-XIXe siècle). Le cimetière, tel nous les connaissons aujourd’hui, n’a pas toujours existé : il est apparu au tournant des XVIIIe et XIXe siècles dans l’Europe méridionale. Sa création et son organisation répondaient aux impératifs hygiénistes portés par les Lumières, et que le décret du 23 prairial an XII (1804) a érigés comme normes d’abord en France, puis dans … Continuer la lecture de Parution : Aux origines des cimetières contemporains →

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Photographier les morts comme des vivants

lundi 29 février 2016
Voici une photographie au format carte, tel que l’a répandu Disdéri au milieu du XIXe siècle. A priori, elle montre une dame d’un certain âge, assise dans un fauteuil, occupée à un ouvrage de broderie. Elle n’est pas datée, malheureusement, pas plus que ne figurent à son verso le nom et l’adresse du photographe. Pourtant, il ne s’agit pas d’une photographie tout à fait ordinaire : cette photographie est en fait une photographie mortuaire, et cette femme est morte, mise en scène comme si elle était vivante. Qu’est-ce … Continuer la lecture de Photographier les morts comme des vivants →

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