Thèse de doctorat : Sciences historiques et Humanités

Robert Rossi

a soutenu sa thèse le mardi 25 novembre 2014 sous la direction de Isabelle Renaudet.

Sujet

Léo Taxil (1854-1907), journaliste anticlérical. Un mystificateur marseillais ?

Membres du Jury
Isabelle Renaudet, Aix Marseille Unviersité ; Christian Delporte, Univ. Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines ; Frédéric Monier, Université d’Avignon ; Jean-Marie Guillon, Aix Marseille Unviersité
Mention
Très honorable avec félicitations
Mots clés
Journalisme, Marseille, Commune, anticléricalisme, libre-pensée, franc-maçonnerie, ésotérisme, mystification.
Résumé

 

Gabriel Jogand-Pagès, journaliste et polémiste marseillais plus connu sous le nom de plume de Léo Taxil, est né le 21 mars 1854. C'est un personnage impulsif, provocateur, mais aussi manipulateur, à la conscience capricieuse, prêt à tout pour arriver à ses fins, pris dès l’adolescence dans une sorte de fuite en avant et une volonté d’indépendance dûes à la nécessité de très tôt devoir gagner sa vie.

Après avoir rompu définitivement avec sa famille dès le mois de décembre 1869, à l’âge de quinze ans et demi, il anime avec un dénommé Louis Férald, une rubrique dans l’Égalité intitulée Éphémérides républicaines et humanitaires avant de fonder la Marotte dont le premier « accès » sort le 15 avril 1871. Nous pouvons suivre localement les « exploits » et les déboires de Taxil à travers ses périodiques, brochures, tracts et romans mais aussi ses procès, ses duels et son exil à Genève en 1876 jusqu’au 10 décembre de la même année, jour de parution du numéro 22 et acte de décès du Frondeur.

Le parcours de Taxil, précisément parce qu’il s’agit d’un personnage ambivalent qui côtoie les grands courants de pensée de son époque et qui se range tour à tour, sans scrupules et apparemment sans état d’âme, dans les deux camps profondément antagonistes de la période, les républicains modérés ou avancés d’une part et les conservateurs légitimistes, orléanistes ou bonapartistes d’autre part, ne peut manquer de nous éclairer sur les enjeux et les peurs qui se nouent depuis sa naissance, au lendemain de l’avènement du Second Empire, jusqu’à sa mort, en 1907, au lendemain de la loi dite de séparation de l’Église et de l’État. La conversion et la mystification dont il s’est rendu coupable ainsi que sa conférence de 1897 ont fait couler beaucoup d’encre, focalisant l’attention de ses contemporains, puis des chercheurs, sur un événement cocasse et cependant tout à fait significatif des données du combat impitoyable que se livrent Église et République en cette toute fin de siècle. Eugen Weber, dans son Satan franc-maçon, paru en 1964, a décortiqué l’aspect diabolique et mystique de l’« affaire », le Palladisme et Diana Vaughan[1]. Il fut suivi par Michel Berchmans, en 1973, qui reprît le titre original du docteur Bataille, Le Diable au XIXème siècle, en y ajoutant le qualificatif de « Mystification transcendante »[2].

 

Pourtant, même si ces derniers évoquent son parcours atypique pour tenter d’expliquer son formidable canular, ils ne plongent guère dans la réalité du personnage, au cœur de sa jeunesse marseillaise sous le Second Empire, de la mouvance radicale dans laquelle il baigne lors de la Commune, de ses journaux satiriques locaux sous la République monarchiste et de sa librairie anticléricale parisienne dans les années 1880-1885, sous régime opportuniste. Or, au-delà de la mystification tant relatée et commentée, qu’en a-t-il été de la vie même de Taxil, de ses premiers combats exaltés, feints ou réels, à son anticléricalisme militant et lucratif préfigurant son invraisemblable conversion et ses révélations sur la « franc-maçonnerie luciférienne » auxquelles une partie non négligeable du clergé s’est ralliée ? En quoi ce polémiste marseillais est-il révélateur des problèmes de son temps, complètement investi dans les luttes féroces que se livrent laïques républicains et catholiques conservateurs ? D’ailleurs, Taxil peut-il être considéré comme une figure d’insoumis, de rebelle, de personnage à contre-courant ? En quoi son engagement dans le journalisme marseillais illustre-t-il le rôle des jeunes générations en politique et quel a été son rôle dans l’affirmation d’une presse fondée sur « le rire comme force capable de bousculer l’ordre établi » en ayant recours au canular et à la parodie ? Au-delà, comment aborder en tant qu’historien la biographie d’un homme qui aura pratiqué, tout au long de sa vie, la duperie, la supercherie et la mystification ?



[1] WEBER Eugen, Satan-Franc Maçon, Julliard, Paris, 1964.

[2] BERCHMANS Michel, Le Diable au XIXème siècle, Gérard Verviers, Paris, 1973.

Abstract