Thèse de doctorat : Aire culturelle romane

Vanina Filippi

a soutenu sa thèse le vendredi 24 novembre 2017 sous la direction de Paul Aubert.

Sujet

 

Dionisio Ridruejo, de l’idéal phalangiste à la démocratie (1936-1975)

Membres du Jury
Zoraida CARANDELL Professeur des Universités Rapporteur Pilar MARTINEZ-VASSEUR Professeur des Universités Rapporteur Jordi GRACIA Professeur des Universités Examinateur Francisco MORENTE Maître de Conférences Examinateur Isabelle RENAUDET Professeur des Universités Examinateur Paul AUBERT Professeur des Universités Directeur de thèse
Mention
Mots clés
intellectuel, idéal phalangiste, Guerre civile, évolution idéologique, franquisme, Transition démocratique, démocratie, memoires.
Résumé

Après la Guerre civile espagnole et le franquisme, qui marquaient la mort de l’intellectuel libéral accusé de tous les maux, apparut une nouvelle génération d’intellectuels phalangistes disposés à remplir les vides laissés par les purges et l’exil. Dionisio Ridruejo était le modèle de l’intellectuel fasciste, qui avait accédé très jeune à un poste de pouvoir et qui croyait en un homme et en un État nouveaux, après la purification de l’Espagne. Mais ce dernier rompit bruyamment avec le régime franquiste et abandonna son poste de Chef de la Propagande, estimant que le pouvoir personnel de Franco trahissait l’idéal phalangiste et que la Phalange ne serait jamais le parti messianique qu’il espérait. Cette rupture fut le début d’une longue période d’assignation à résidence, qui le mena à réfléchir sur ses propres convictions, un processus douloureux d’anéantissement progressif des premières illusions phalangistes. Mais ses convictions démocratiques n’apparurent que plus tard, lorsque l’intellectuel mit à l’épreuve de l’expérience son utopie juvénile. Cela ne signifiait pas en effet que Ridruejo était devenu démocrate, contrairement à ce que prétendent rétrospectivement certains de ses amis, convaincus d’avoir été des libéraux depuis les années 40 à l’époque de la revue Escorial. Mais cela ne signifie pas moins que cet intellectuel n’ait lutté tout au long de sa vie, notamment à travers la presse et sa correspondance, contre l’anti-intellectualisme d’un régime décidé à anéantir toute trace d’intelligence en Espagne, démontrant que l’intellectuel traditionnel n’était pas mort.

Il importait de comprendre la cohérence de l’itinéraire de cet intellectuel, qui passa de l’idéal phalangiste aux normes démocratiques, au point d’inspirer le combat des artisans de la Transition vers la démocratie. De sa position de pouvoir dans les années 40 à sa dissidence précoce, Ridruejo rompit avec le régime, persuadé que ce dernier n’irait pas au bout de ses convictions fascistes tandis qu’il défendait déjà l’intelligence face aux traditionalistes, qui décidèrent de se passer de tout legs.

Les années 50 constituèrent un nouvel espoir avec le retour au pouvoir d’une équipe phalangiste avec à sa tête Joaquín Ruiz-Giménez au ministère de l’Éducation Nationale. Dans cette position intermédiaire entre dissidence et opposition, Ridruejo défendit une réforme « compréhensive » de l’intérieur du régime en même temps qu’il continuait de défendre l’intelligence face aux « exclusifs ». L’échec des « compréhensifs » cristallisa le passage officiel à la démocratie en 1956.

Ridruejo devint un opposant reconnu et, empêché d’écrire dans la presse espagnole, il s’exprima dans la presse étrangère de l’exil, qui lui offrit une nouvelle tribune. Ridruejo entrait dans un troisième espace, celui de l’opposition, une nouvelle opposition réconciliée à Munich où exil et intérieur pourraient enfin dialoguer et dépasser les conséquences de la Guerre civile. Son militantisme journalistique le conduisit naturellement au militantisme politique à travers son premier parti et son désir de former une opposition unitaire dans une perspective européaniste. Or, son rôle resta minoritaire malgré une définition ininterrompue de son évolution et de ses idées politiques.

Dans un régime caractérisé par l’état de guerre continu, la thèse pose la question de la place de l’intellectuel. D. Ridruejo est l’exemple de l’intellectuel fasciste qui renonça à sa position de pouvoir pour s’opposer aux limites imposées à son statut d’intellectuel et pour défendre dès les années 40 la culture, certes au nom de ses premières convictions. Le combat pour l’intelligence de ce propagandiste fasciste devenu propagandiste de la raison se poursuivit parallèlement aux différentes étapes de son évolution idéologique et constitue sans doute le fil rouge, la cohérence de cet itinéraire de l’idéal phalangiste à l’expérience démocratique. 

Abstract

After Spanish Civil War and Francoism, which meant the death of liberal intellectual accused of all the troubles, appeared a new generation of Falangist intellectuals who were ready to fill in the gaps left by purge and exile. Dionisio Ridruejo was the example of a Fascist intellectual who rose very young to power and who believed in a new Man and in a new State, after Spain’s purification. But he loudly broke with the Francoist regime and deserted his head of Propaganda post. He thought that Franco’s personal power was betraying the Falangist ideal and that the Falange would never be the messianic party he believed in. This breaking off was the beginning of a long period of house arrest which led him to think about his own beliefs, a painful process ruining his first Phalangist ideals. But his democratic beliefs appeared later when the intellectual put his utopian view to the test of experience. It did not mean indeed that Ridruejo was already a democrat, contrary to what are claiming retrospectively his friends who are convinced that they were liberals since the 1940s during the experience at Escorial magazine. But during his life, in the papers and in his coorespondance, he did struggle against an anti-intellectalist regime who was determined to wreck every single trace of intelligence, proving that traditional intellectual was not dead.

It is important to understand the coherence of this intellectual’s path who changed from Falangist ideal to democratic beliefs, inspiring the fight for transition to democracy.

From his dominant position in the 1940s to precocious dissidence, he broke with the regime, convinced that it would not lead his fascist beliefs to achievement while he was already fighting for intelligence against the traditionalists who wanted to do without any heritage.

The 1950s represented a new hope with the return of a new falangist team leaded by Joaquín Ruiz-Giménez in charge of the National Education Ministery. In this interspace Ridruejo was defending a comprehensive reform inside the regime while he kept fighting for intelligence against the « excluyentes » in press and correspondence. The defeat of comprehensive politics meant the official change to democracy in 1956.

Ridruejo became an accepted opponent and expressed himsef –while he could not in the Spanish one- in the exile’s press which offered him a new opinion column. This moment represented the path to a third space, opposition, a new one reconciliated in Munich where exile and interior could talk and go beyond the Civil War’s consequences. The journalistic militantism led him naturally to political militantism with his first party and his wish to form an unitarian opposition from an europeist standpoint. But his role remained minor in spite of an endless definition of his evolution and political beliefs.

In a regime caracterized by a continuous war, this work asks the question of being an intellectual. D. Ridruejo is the example of Fascist intellectual who left his power to oppose the limits imposed to his own intellectual status and to protect culture in the 40’s certainly in the name of his first convictions. The fight for intelligence of this Fascist propagandist changed into a reason propagandist carried on at the same time as the several steps of his ideological evolution and must be the coherence of the path from falangist ideal to democratic experience.