Thèse de doctorat : Sciences historiques et Humanités

Delphine Peiretti

a soutenu sa thèse le vendredi 12 décembre 2014 sous la direction de Anne Carol.

Sujet
Les représentations du corps des Africain(e)s dans les sciences médicales françaises (fin XVIIIe-milieu Xxe siècle)
Membres du Jury
Anne Carol, Aix Marseille Université ; Sylvie Chaperon, Univ. Toulouse-Jean Jaurès ; Jean-Jacques Courtine, Univ. Auckland ; Sophie Dulucq, Univ. Toulouse - Jean Jaurès ; Isabelle Renaudet, Aix Marseille Université,
Mention
Très honorable avec félicitations
Mots clés
Race, genre, médecine, anthropologie, corps, représentations, colonisation
Résumé

Les représentations du corps des femmes et des hommes noirs d'Afrique subsaharienne dans les écrits des médecins français de la fin du XVIIIe siècle au milieu du XXe siècle participent à la constitution d'une anthropologie racialiste, héritière de stéréotypes anciens et créatrice de nouvelles théories sur la race, le genre et la civilisation. Si la "race noire" est perçue comme un ensemble monolithique opposé à la "race blanche" et à la civilisation occidentale à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, les descriptions se précisent au cours du siècle et la pluralité africaine apparaît peu à peu sous la plume des médecins-anthropologues. Cet affinement du regard s'explique par le développement des explorations puis par la colonisation des territoires africains, par l'invention de l'anthropologie et de nouvelles techniques comme l'anthropométrie ou la photographie ou encore par l'apparition de la médecine coloniale et des études de terrain. Une hiérarchie entre les différents peuples africains s'édifie tout au long du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Ces classifications sont basées sur les descriptions des scientifiques et sur le résultat des mensurations pratiquées sur le corps des indigènes permettant d'établir le degré de civilisation de chaque population. A cette hiérarchisation raciale s'ajoute une description genrée des populations. On analyse la stature, la force physique, l'intelligence chez les hommes et la beauté, la féminité, l'aptitude à la maternité chez les femmes. La femme noire constitue par ailleurs un objet d'étude particulièrement prisé des savants car elle incarne une double altérité, de sexe et de race. Si les discours médicaux sur les Africain(e)s évoluent au gré des controverses scientifiques, des préoccupations politiques et de l'idéologie dominante, certains savants s'opposent à ces schémas consensuels et posent un autre regard sur les populations noires, proposant de nouvelles théories sur les différences raciales et sexuelles. Souvent isolés au XIXe siècle, ils s'imposent progressivement au cours du XXe siècle.

Abstract