Thèse de doctorat : Aire culturelle romane

Eve Fourmont-Giustiniani

a soutenu sa thèse le samedi 22 novembre 2008 sous la direction de Paul Aubert.

Sujet
Une biographie intellectuelle de José Ortega y Gasset pendant l’exil : silence politique ou collaboration passive (1936-1946) ?
Membres du Jury
Jean-Michel Desvois (Université de Bordeaux III), Santos Julià (UNED, Madrid), Gérard Chastagnaret (Université de Provence), Luis de Llera (Université de Gênes), Béatrice Fonck (Institut Catholique, Paris) et Paul Aubert.
Mention
Très honorable avec félicitations
Mots clés
Ortega y Gasset, Guerre civile espagnole, exil, libéralisme, franquisme, intellectuels, philosophie politique, Spanish Civil War, exile, liberalism, francoism, intellectual, cultural studies, Guerra Civil, exilio, intelectuales, franquismo, silencio político
Résumé
La reconstruction du parcours biographique, intellectuel et politique de José Ortega y Gasset entre la Guerre civile espagnole et la Seconde Guerre Mondiale montre que ces dix ans d’exil sont traversés par sa tentation de collaborer officieusement avec le régime franquiste, bien qu’il entende conserver son indépendance. Publiquement, il maintient un silence de façade émaillé de prises de position anticommunistes plus ou moins directes. Soucieux de sa postérité et conscient du mythe qui se forge autour de sa figure publique, il adopte et théorise ce qu’il pense être une attitude de responsabilité intellectuelle. Loin de se réfugier dans le silence et l’inaction, il conçoit sa mission comme une intervention au service de l’Espagne, avec les moyens dont il dispose —cours, conférences, publications, activité éditoriale—, pariant sur leurs effets métapolitiques à long terme. Ortega prône un nouveau libéralisme pour rectifier la démocratie dévoyée, et se résigne à accepter une forme d’autoritarisme, même s’il s’emploie, depuis sa philosophie de la raison vitale et historique, à critiquer le totalitarisme. Après la fin de la Guerre mondiale, il pense pouvoir participer à la libéralisation du régime franquiste et à son ouverture vers l’Europe. Son message ne pouvait pas être entendu dans le régime national-catholique : en 1946, sa première intervention publique en Espagne depuis la guerre le force à constater l’échec de sa stratégie. Ortega changera de tactique pour recouvrer son indépendance, mais gardera toute sa vie ce même cap : œuvrer, en tant qu’intellectuel, à construire les fondements culturels de l’Espagne de demain.
Abstract
The reconstruction of the biographical, intellectual and political aspects of the exile of the spanish philosopher José Ortega y Gasset between the Spanish Civil War and World War II shows that during these ten years, the thinker is tempted by collaborating unofficialy with Franco regime, although he wants to remain independent. Worried about his posterity and mindful of the myth his public figure is becoming, he adopts and theorizes an attitude that he defines as “intellectual responsibility”. Thereby, he keeps a public silence, but occasionally brokes it with anticommunist statements. He uses his courses, conferences, publications and editor activity to defend a new liberalism, purged of the excesses of democracy, but resigns himself to accept a form of authoritarianism, even if he criticises totalitarianism from the point of view of his philosophy of vital and historical reason. After the end of World War, Ortega thinks that he can contriobute to the liberalization of Franco regime. His message could not be heard in the National-Catholic regime: in 1946, the political intrumentalization of his first public intervention in Spain since the Civil War forces him to acknowledge the failure of a strategy that could be defined as a dissident collaboration.