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    Nation et violence , Séminaire d'histoire contemporaine de l'Espagne

    Severiano rojo Hernandez | 18.01.13

    Dans son ouvrage intitulé Imagined Communities (Londres, 1983), Benedict Anderson propose la notion de « communauté imaginée » afin de mieux saisir le rapport des individus à la nation. Selon lui, une nation constitue une entité politique perçue par ses membres comme une communauté fraternelle, indissoluble dans le temps et l’espace. Pour souligner l’efficacité de cette forme d’identité collective, il rappelle un élément consubstantiel à l’évolution historique des nations depuis la fin du XVIIIe siècle : « c’est cette fraternité qui, depuis deux siècles, a fait que tant de millions de gens ont été disposés, non pas tant à tuer, mais à mourir pour des produits aussi limités de l’imagination ». En rappelant à quel point la formation de nombreuses nations s’est faite au prix de conflits particulièrement sanglants, Benedict Anderson suggère l’existence d’un lien entre nation et violence.

    Ce séminaire est donc revenu sur ce lien et a interrogé sa nature à travers les exemples suivants : la résistance antifranquiste, la France sous l'Occupation et la transition démocratique espagnole. Jean-Marie Guillon (AMU, TELEMME), Mercedes Yusta (Université Paris 8, ERESCEC, IUF) et Sophie Baby (Université de Bourgogne, IRICE) nous ont permis de mieux appréhender les mécanismes à l’œuvre et d’approfondir la réflexion sur les éléments intervenant dans la formulation et la mise en place d’un projet national. En interrogeant le binôme violence/nation, nous avons essayé de saisir pourquoi le nationalisme s’accompagne parfois de phénomènes tels que la Terreur révolutionnaire de 1793, le terrorisme de l’ETA ou l’épuration ethnique en ex-Yougoslavie. Ce séminaire a également contribué à une meilleure compréhension des raisons pour lesquelles le nationalisme peut conduire une société à produire des formes de culture axées principalement sur la violence comme, par exemple, la culture de guerre que Christophe Prochasson considère essentielle au déclenchement de la Première Guerre mondiale.
    Ceci dit, nous ne sommes pas partis du postulat selon lequel nation et violence sont indissolublement liés. Il existe de nombreux exemples dans l’histoire démontrant à quel point la création d’une nation peut se réaliser sans qu’une société sombre dans la guerre ou qu’une population soit confrontée à des actes de terreur et de répression. Le nationalisme ne conduit pas obligatoirement à la violence, mais il en porte sans doute les germes. En proposant une identité collective fondée sur la distinction et l’altérité, le nationalisme construit une société articulée autour de modèle et de contre-modèles d’identification, une société où la définition des personnes se réalise à partir d’une relation spéculaire inversée. Ce mode de fonctionnement a de lourdes conséquences lorsque se produisent des crises majeures entre Etats ou au sein d’une même collectivité : il remodèle et redéfinit les rapports entre les communautés, il radicalise les positionnements politiques et alimente la violence, car ce mode de fonctionnement conduit à une lecture du monde fondée sur des oppositions axiologiques, célébrant la morale vertueuse de son camp et la corruption de l’adversaire, dépeignant les « nôtres » selon une éthique positive, hors de laquelle se situent les « autres » et leurs valeurs. Ce n’est qu’en prenant toute la mesure de l’impact qu’induit cette lecture du monde que l’on parvient à comprendre l’émergence au XXe siècle d’idéologies comme le fascisme et le nazisme voire le stalinisme.
    Ce siècle des extrêmes, comme se plait à le nommer Eric Hobsbawn, doit certes son appellation aux violences et aux guerres qui l’ont marqué. Cependant, la brutalisation extrême à laquelle sont soumis les sociétés et les individus au cours de cette période demeure inexplicable sans insérer dans notre analyse l’influence du nationalisme et des représentations qu’il génère. Le sens et la puissance du national sont assurément au cœur des mécanismes alimentant non seulement la haine entre les Etats mais aussi l’hostilité entre les membres d’une même collectivité, phénomène, ce dernier, que n’ont cessé de souligner les communications des trois intervenants.

     

    Pour citer ce compte rendu

    Severiano rojo Hernandez, « Compte rendu séminaire consacré à "Nation et violence" ». Compte rendu, Séminaire d'histoire contemporaine de l'Espagne : Nation et violence du 18 janvier 2013 , consulté le mardi 23 mai 2017. URL : http://telemme.mmsh.univ-aix.fr/edition/69635/0