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    Histoire de l'art et histoire moderne , Séminaire d'Histoire moderne

    Fabien SIMON (ICT, Paris 7 Denis Diderot) | 30.01.13

    Lors d’une interview en 2005, Bernard Weber déclare « qu’avoir la volonté d’universalité est une noble attitude pour un artiste. » La pensée de l’universalité est un fait que nous connaissons depuis longtemps. L’universalité semble être l’une des quêtes de l’homme dans différents domaines. Bernard Weber parle de l’artiste, aux XVIe et XVIIe siècles, cet idéal se retrouve non seulement dans le concept de la « République des Lettres », mais aussi dans le concept d’une « République des Langues » comme elle nous est proposée par Fabien Simon, maître de conférences d’histoire moderne à Paris VII. Dans sa thèse de doctorat, soutenue le 2 décembre 2011, Fabien Simon démontre l’idéal d’une langue universelle déjà existante aux XVIe et XVIIe siècles. L’idée générale du latin comme langue universelle à l’intérieur de la République des Lettres qui sert à tous les intellectuels de tous les pays à communiquer est opposée à un concept d’une nouvelle langue, créée, (non) ex nihilo, mais d’après plusieurs schémas très précis. Dans sa recherche, Fabien Simon se focalise sur le père jésuite Athanase Kircher (1602-1680) qui était persuadé d’une unité originelle des langues. Pour cela, Kircher reprend l’exemple de la construction de la tour de Babel, le moment pendant lequel, selon la Genèse 11,1-9, « toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots ». Athanase Kircher est fasciné par l’unité des langues et par la Tour de Babel, disant même, qu’il possède une brique de celle-ci. Son but est non seulement de retrouver l’unité originaire des langues, mais aussi de lutter contre la « confusio linguarum ». Le musée d’Athanase Kircher avec un recueil de l’époque en 20 langues différentes lui sert de base.

    Le monde d’Athanase Kircher représente le sommet de la République de Langues, universelle et d’une durée éternelle car il est consultable jusqu’au jour même. Cependant, c’est plutôt un autre intellectuel, d’origine tchèque, qui a principalement été formé en Allemagne et qui est mort à Amsterdam après plusieurs séjours dans d’autres pays d’Europe. Jan Amos Komensky, plus connu sous la forme latinisée de son nom, Comenius, est non seulement pédagogue et théologien, mais avec sa « janua linguarum reserate » (1633) un théoricien de la langue et de son enseignement. Comenius combine pour la première fois la pédagogie avec l’apprentissage d’une langue en prenant environ 8 000 mots de bases et en en faisant des phrases. Pour lui, il est uniquement possible de comprendre et de parler d’une langue que si on y combine des connaissances. La langue devient plus qu’une grammaire, une sémantique, une prononciation, elle devient une identité culturelle. C’est la raison pour laquelle Comenius insiste aussi sur le fait que chacun doit utiliser sa langue maternelle. Lui-même a surtout écrit dans sa langue maternelle et en latin.
    Tout le monde n’était pas d’accord avec la pensée de Comenius. Cave Beck, par exemple, critique la méthode de Comenius et pense que le mérite n’est pas aussi grand que Comenius le pense. Beck développe une langue universelle artificielle afin que tout le monde puisse communiquer dans une seule et même langue, une théorie qu’il développe en 1657 dans son ouvrage Babel revers’sd.
    Comme la République des Lettres qui se veut internationale et interconfessionnelle, la République des Langues ne connaît pas de limites confessionnelles. Pendant qu’Athanase Kircher est un père jésuite catholique, Cave Beck est anglican et un autre théoricien, Konrad Gessner, lui, est protestant. Il s’agit d’un phénomène européen qui se veut mondial ou bien global.
    Reste encore la question : de quoi ces modèles linguistiques ont-ils l’air ? En mettant à part la langue « intellectuelle », c’est à dire le latin, utilisé dans le domaine ecclésiastique, p. ex. par Pierre Besnier, les modèles créés par les théoriciens sont différents. Certaines langues sont créées ex-nihilo comme les langues philosophiques pendant que Kircher crée une langue écrite qui est influencée par les hiéroglyphes. Le fait de créer des langues « universelles » dans un domaine dans lequel le latin domine et qui permet uniquement à un nombre limité de personnes d’y avoir accès, a une composante élitiste qui est contraire à l’idée de la République des Lettres. En outre, l’universalité n’est pas donnée par le fait qu’elle englobe majoritairement les différentes confessions chrétiennes et non les autres religions ce qui est surtout démontré par le fait que le copte est plus parlé que l’arabe, l’une des langues appartenant à une confession chrétienne et l’autre étant surtout parlée par la population musulmane.

     

    Pour citer ce résumé de la communication

    Fabien SIMON (ICT, Paris 7 Denis Diderot), « Langues universelles et distinction sociale : une « République des langues » aux XVIe-XVIIe siècles ». Résumé de la communication, Séminaire d'Histoire moderne : Histoire de l'art et histoire moderne du 30 janvier 2013 , consulté le lundi 23 octobre 2017. URL : http://telemme.mmsh.univ-aix.fr/edition/67587/0