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    Ordre et désordre dans la candidature. Postuler en temps de crise (XVIe-Xxe siècles) , Journée d'études

    Déborah Cohen Jérémie Foa | 04.06.13

    Comment obtenir un nouveau poste, créé ou libéré, à l’occasion d’une crise politique ? Comment opèrent ces candidats des troubles qui, à la faveur des guerres de Religion ou de la Révolution française, espèrent « profiter » de la situation pour acquérir une meilleure place ? Quel rapport au temps entretiennent ces candidats quand ils se projettent dans l’avenir d’un temps dégondé, comment appréhendent-ils leur futur, leur carrière, leur place dans une société à venir dont la crise a précisément effacé la rassurante prédictibilité ?  La journée d’étude propose de s’interroger sur les mécanismes par lesquels une personne sollicite une place laissée vacante – ou créée – à l’occasion d’une crise politique, entre le XVIe et le XXe siècle : catholiques sollicitant auprès du roi les offices abandonnés par les huguenots révoqués (1568 ou 1685), « révolutionnaires » cherchant à obtenir une place pendant la Révolution française etc. La notion de « crise politique », volontairement vague, sera ici interrogée par le bas, en plaçant l’objectif sur les renouvellements de postes induits par les troubles dans les administrations civiles. On a en effet trop exclusivement prêté attention à l’appropriation du pouvoir par le haut (coups d’État, Révolutions, Occupations militaires) sans étudier la façon dont les postes (c'est-à-dire le pouvoir à son niveau le plus infime, le plus quotidien) ont été conquis, occupés, sollicités ou appropriés. La « candidature » permettra d’analyser à la fois le renouvellement et la nature du pouvoir qui se met en place à travers ceux qui prétendent, désormais, occuper une place spécifique. Elle sera aussi l’occasion de questionner les temporalités multiples dans lesquels les acteurs politiques et sociaux inscrivent leur action en temps de crise : comment candidater à un poste qui hier n’existait pas, de quelle mémoire administrative se revendiquer ? Pourquoi à l’inverse mettre en avant des aptitudes acquises hier, dans une société désormais révolue : en d’autres termes, la crise politique n’entraîne-t-elle pas une démonétisation subite des compétences et des modes de validation de ces dernières ?  Sans qu’il y ait là une liste exhaustive, ces moments de crise seront balisés par les grands bouleversements politiques de l’histoire française : guerres de Religion, Révocation de l’édit de Nantes, Révolution française, 1830, 1848, Commune de Paris, régime de Vichy, Libération, etc. Le regard pourra aussi se porter sur les administrations décolonisées dans l’ex-Empire français : comment y sollicite-t-on la place laissée vacante par l’« occupant » désormais parti ?     Plusieurs axes seront privilégiés : 

    (1) L’ « apparition » du nouveau poste :  

    Quelles sont les idées, les lois et/ou les événements qui conduisent à la libération ou à la création d’un poste en temps de crise ? Les « départs », contraints ou volontaires, des anciens occupants du poste, les procédures de révocation, épurations, collective ou individuelle, les créations de charge seront ainsi placés en phase initiale de l’enquête. La crise politique conduit souvent à définir des personnes « indésirables » et/ou des postes réservés à certaines catégories de la population : huguenots privés d’offices par l’édit de Saint-Maur en 1568, fonctionnaires obligés par Versailles de quitter Paris durant la Commune, juifs exclus de la fonction publique par les lois de Vichy, collaborateurs démis par la République restaurée à la Libération etc. Les modalités de cette vacance du poste sont décisives pour étudier la manière dont le nouvel impétrant présentera sa requête : prend-il la place de quelqu’un ? A-t-il lui-même œuvré à chasser l’ancien occupant ?D’autre part, le renouvellement politique induit par la crise implique souvent la création pure et simple de nouveaux postes qui n’existaient pas auparavant et qu’il s’agira de prendre en compte. Du reste, un certain nombre de fonctions ne font que changer de nom sans pour autant que les postes ni les compétences nécessaires pour les occuper n’évoluent : doit-on parfois candidater sur son propre poste débaptisé puis rebaptisé par ceux qui prennent les initiatives ? Autant de contextes différents qui influeront sur la rhétorique de la candidature, analysée dans l’axe 3 (voir ci-dessous). 

    (2) Les vecteurs de la candidature :  

    Une attention particulière sera portée aux « manières de faire » des postulants : suppliques adressées au roi, lettres de motivation, de recommandation, de candidature, accompagnées ou non de pièces justificatives (CV, diplômes, titres, photos etc.). Il est aussi des manières non écrites de candidater, qui sont plus difficiles à appréhender pour l’historien, notamment l’entretien d’embauche, la rencontre furtive, la sollicitation informelle etc. La crise favorise-t-elle la candidature informelle, l’entre-soi ou au contraire les pratiques sont-elles pénétrées de légalisme, d’une recherche de légitimité jusque dans la bureaucratisation des candidatures ? L’étude de cette culture matérielle de la candidature sera l’occasion d’appréhender les ruptures et les continuités temporelles induites par la crise : de nouveaux formulaires de candidature apparaissent-ils, ou les arts de postuler restent-ils sensiblement identiques avant et pendant la crise ?Le « cadre » sera ici décisif : le poste a-t-il été « mis au concours » publiquement, connaît-t-on sa vacance ou sa création par le bouche à oreille ? Quelles sont les modalités de l’appel à candidature : concours public, réseau limité, petites annonces ? Le poste est-il ouvert à tous ou seulement à certaines catégories de populations ? Comment le candidat a-t-il su qu’un poste se libérait ou se créait, comment s’est diffusée l’information et qu’est-ce que cette modalité de publicisation des postes à pourvoir dit du pouvoir qui se met en place ? Semblablement, qu’est-ce que le support matériel de la candidature (ou l’absence de support) dit du pouvoir en gestation ? En quoi les évolutions politiques qui marquent le passage de l’Ancien Régime à l’époque contemporaine changent-elles la façon dont on s’adresse au pouvoir afin d’une obtenir une place à la faveur de la crise ?            Enfin, une analyse sociologique des postulants s’avèrera nécessaire : quels sont les personnes ou les groupes qui tentent, à la faveur des troubles, d’acquérir une nouvelle place ? Si les fonctions évoluent, y a-t-il un profond changement de ceux qui occupent la place ? 

     (3) La rhétorique de la candidature

    Une analyse internaliste de la candidature sera utile : quels sont les mots, les tournures, les passages obligés d’une candidature en temps de crise ? Met-on en avant un engagement pour l’avenir d’une cause ou l’expérience passée de compétences particulières acquises ? Ces compétences sont elles techniques, politiques ou autres (la catholicité au temps des guerres de Religion, l’« aryanité » durant l’Occupation) ? On s’intéressera à la façon dont, le cas échéant, le candidat dénonce l’ancien occupant pour obtenir sa place, à la manière dont il mentionne ou non l’existence de l’autre désormais parti : quelles qualités l’impétrant met-il en avant chez lui, dressant en creux les défauts de l’ancien occupant ? Faut-il prétendre sauver « la Cause » lorsqu’on postule au cœur de la Révolution ou sous la Commune de Paris ? Peut-on avouer que l’on cherche simplement du travail, en d’autres termes, toute candidature en temps de crise est-elle « politique » ?  C’est ici les contraintes pesant sur le « récit de soi » du candidat qui seront mises en avant.            L’analyse pourra également porter sur les suppliques pour être maintenu en place, qu’elles émanent d’administrateurs déchus ou craignant de l’être.            Enfin, on s’intéressera aux récepteurs de ces candidatures : qui est le public réel ou idéal de ces candidatures ? À qui s’adresse-t-on concrètement ; les noms ou les fonctions sont-ils cités (le ministre de la fonction publique, le roi, le préfet etc. ) ? Y-a-t-il un décalage entre le récepteur imaginé et le lecteur réel de ces suppliques, de ces lettres de candidatures ? Les postulants ont-ils une vision précise de ceux qui désormais attribuent les postes, c'est-à-dire occupent les positions de pouvoir ? À l’inverse, font-ils montre d’une certaine naïveté dans leurs « adresses » ?

    (4) Après la crise

    Enfin, la journée d’études s’intéressera à la période de résorption de la crise politique. Comment s’opère le retour à la normale : les individus ayant acquis une place à la faveur des troubles sont-ils légitimés ou taxés de profiteurs, voire d’usurpateurs ? Comment s’opère la légitimation ou à l’inverse la disqualification des hommes dernièrement arrivés au pouvoir ? En fonction de l’évolution de la crise politique, les nouveaux arrivés seront qualifiés d’usurpateurs ou blanchis et c’est ce processus qu’il s’agira de mettre en questions.            Ici la question de la temporalité sera utile au premier chef : voit-on apparaître des chrononymes spécifiques pour désigner désormais la période de l’avant et celle de l’après ? Travaille-t-on à lisser les ruptures et à peindre une continuité entre le pouvoir d’hier et le pouvoir d’aujourd’hui et quelle place les « candidats de crise » occupent-ils dans cette reconstruction du temps ?   

    Pour citer ce compte rendu

    Déborah Cohen Jérémie Foa, « Argumentaire ». Compte rendu, Journée d'études : Ordre et désordre dans la candidature. Postuler en temps de crise (XVIe-Xxe siècles) du 04 juin 2013 , consulté le samedi 20 octobre 2018. URL : http://telemme.mmsh.univ-aix.fr/edition/43011/0